Les ingénieurs sont-ils humains ?

Science sans conscience n’est que ruine de l’âme. Rabelais. Et je rajouterais : Science sans conscience, n’est que ruine de l’âme, de l’être humain et de la planète. Pour tous les ingénieurs, ingéchieurs pardon qui ont contribué à inventer, implémenter des trucs débiles, polluants, cons (nucléaire, diesel, SUV), sans se poser de questions, parce qu’ils étaient des gros cons trop sûrs d’eux.

ingénieurs

Mon travail consiste à travailler avec des ingénieurs. Parmi eux, il y a beaucoup d’ingé-chieurs. On ne parlera que de ceux-là.

Ce sont souvent des hommes. Ils parlent un langage obscur, ont un débit de paroles insupportable, se croient supérieurs, pensent que le monde leur appartient, croient que tout leur est dû…en revanche, quand le patron arrive (car il y a, hélas, bien peu de patronnes), ils vont se cacher et bien se la fermer, la queue entre les pattes. Puis critiquer le patron dans son dos dès qu’il est parti. Bref, des gamins immatures qui n’ont pas évolué depuis la cour de récré. Le problème étant qu’ils travaillent sur des logiciels, machines complexes, souvent sans conscience des trucs pourris qu’ils produisent ni esprit critique.

ingénieurs

Beaucoup d’entre eux ont bien du mal à expliquer, en termes intelligibles et simple, au commun des mortels, ce en quoi consiste leur travail. Ou ce qu’ils produisent. Ou à vulgariser.

Je fais partie des gens qui doivent traduire le langage de l’ingé-chieur (pas de l’ingénieur respectable et respectueux) en un langage simple et accessible au plus grand nombre. Problème : les ingé-chieurs se comportent comme des rustres, se montrent arrogants, impolis, irrespectueux.

Et tout le monde dans l’entreprise fait comme si c’était normal.

Je possède des livres où il est expliqué que pour obtenir de la part des ingé-chieurs les précieuses informations dont nous avons besoin…pour travailler, il faut leur cuisiner des cookies.

ingénieur

Les auteurs sont américains, bien entendu.

Des cookies donc…ou du charme, de la séduction. Il est vrai que j’ai constaté plusieurs fois qu’une collègue maquillée comme une actrice porno, très sexy, minaudant énormément, avait plus de chances d’obtenir des informations de leur part qu’une autre femme. J’ai aussi constaté que les filles très douces, très maternantes, très à l’écoute, riant gentiment quand les ingé-chieurs laissent entendre que son travail ne sert à rien, obtenaient plus d’informations que moi, qui établis un rapport d’égalité dans le cadre de mon travail avec eux.

Les rois du monde

Dans les écoles d’ingénieurs, on leur apprend visiblement ou alors ils sont un certain nombre à retenir qu’ils sont les rois du monde et que tout leur est dû ! Ah, et ils ont toujours raison aussi ! Personne ne les contredit jamais.

Petit florilège des réflexions entendues au cours de ma carrière :

Premier CDI dans une PME, en région parisienne. Je suis là depuis une semaine, à peine. Je vais poser une question à un des développeurs de mon équipe. « Va faire chier quelqu’un d’autre », me répond-il. Le patron de la PME, qui se tient à quelques mètres de  nous et qui a vu la scène ne dit rien. Je retourne à mon bureau.

Un autre emploi dans une autre PME. Je suis là depuis un mois à peine. Je vais poser des questions au responsable du développement produit. Il me répond sèchement que je dois me débrouiller, « qu’il ne travaillera pas avec moi car il est mécontent que ma prédécesseure ait été remplacée ». Il tiendra sa promesse jusqu’à ce que je quitte l’entreprise.

Même PME. Dès mon arrivée, les ingénieurs me font savoir que ce sur quoi je travaille, c’est « de la merde », c’est « mal fait », c’est…« nul ». On s’éclate ici 😀 ! Je reprends le contenu en main. Effectivement, c’est un vrai sac de nœuds. J’essaie d’améliorer ce que je peux, avec le peu de moyens et le faible soutien dont je dispose, puisque certaines personnes ne veulent pas travailler avec moi, au motif que « je remplace X ». Les questions que je pose sont ignorées, ou alors on me répond à la va vite. Quand je veux approfondir une question, une spécification, on me répond qu’on a pas le temps.

insane.gif

C’est marrant car souvent, les spécifications sont incomplètes. Quand je pose des questions au SME (celui qui dialogue avec les clients pour connaître leurs besoins et ensuite écrire les spécifications), il ne sait pas me répondre. Si je demande à participer à ces réunions entre le client et le SME, c’est refusé ! Si je demande aux développeurs plus d’explications sur la fonctionnalité qu’ils sont en train de développer, pourquoi et à quoi elle va servir, ils ne savent pas me répondre.

Je suis là depuis peu quand le SME, au cours d’une réunion, entre managers, et avec le restructurateur de l’entreprise, me dit, avec un sourire « Je ne suis pas content de ton travail ». Silence autour de la table. Ma prédécesseure m’avait prévenu que ce type, c’était un « pute ».

Toujours dans la même entreprise, un développeur m’interpelle un jour, en plein milieu de l’open-space et se plaint, en parlant très fort, de ce sur quoi je travaille. Sachant que mon travail dépend du sien et non l’inverse. Il enchaîne, assez fort pendant 30 minutes, sur un monologue débité à toute vitesse, sur un ton péremptoire. Disant ô combien mon travail c’est de la merde et ô combien lui sait comment ça devrait être fait. Hummm. Il est impossible de l’interrompre. Autour, tout le monde garde le silence. C’est tellement facile de faire semblant de rien lorqu’un.e collègue se fait humilier devant tout le monde. Je fais l’erreur de me montrer conciliante, de dire que j’essaie d’améliorer les choses avec les (très) modestes moyens dont je  dispose. Alors que je devrais lui dire, je suppose que son comportement est intolérable, rabaissant, humiliant.

Le SME m’envoie des informations contradictoires sur ce qui doit être mis à jour. Il est aussi censé m’expliquer comment et pourquoi. À chaque fois que je lui demande des précisions, j’essaie de comprendre. À chaque fois, il s’embrouille dans ses explications, parle à toute vitesse et je n’ai pas plus de billes pour avancer qu’au début.

La direction abuse, la direction restructure dans notre dos, les ingénieurs sont mécontents, ils critiquent la direction, ils se plaignent. Mais dès lors qu’on évoque l’idée d’une action collective pour se défendre ou du moins pour équilibrer le rapport de force, il n’y a plus personne.

Se présenter aux élections de délégué du personnel c’est non, se syndiquer c’est non, se réunir en plus grand nombre pour parler de ces problèmes, c’est non. Se serrer les coudes, c’est non aussi… c’est quoi cette bande de lâches ?

Dans une autre PME

Je suis déjà usée depuis longtemps par ce travail ingrat, par les relations avec ces types infects. Dès mon arrivée, un ingé-chieur se plaint à moi de faire depuis des années un travail qui revenait à ma prédécesseure. Je lui répond qu’on en parlera ensemble. Je n’ai même pas le temps de fixer une réunion avec lui qu’il vient, quelques semaines plus tard, trouver mon chef pour se plaindre que ce n’est pas à lui de faire cette tâche. « C’est à elle de le faire ! », assène-t-il, en me désignant. Hum le sale gosse capricieux. Mon chef, qui sait que les choses ne sont pas si simples, joue l’apaisement. Moi je fais semblant de rien, car…je ne sais pas quoi faire. Je suis choquée par ce comportement.

C’est ça qu’ils apprennent dans leurs minables petites écoles d’ingés les ingé-chieurs ? Critiquer les autres pour les placer sur des sièges éjectables ? Donner des coups aux autres ? Créer un rapport de force permanent ?

Ils ont presque tous le même discours formaté : ils admirent le patron, ils aiment bosser 35, 40h par semaine mais ils critiquent les 35h. Ils profitent un maximum de la bonne mutuelle d’entreprise, de leurs congés payés, mais voudraient que tout soit privé. Cherchez l’erreur… Ils se plaignent du patron ou des chefs dans leur dos, beaucoup beaucoup beaucoup mais aucune solidarité, se syndiquer..? Encore moins !

Ce sont vraiment des gens qui ont fait de longues études, ça ? Ils sont quoi à part des machines qui crachent du code ?

Je hais ce silence coupable, cette lâcheté, cet individualisme. Un patron prend des risques pour maintenir à flot une entreprise, certes. On lui vend notre travail, certes. Mais justement, il n’est rien sans notre travail. Son entreprise elle ne tourne pas sans nous ! Cela justifierait donc un rapport de force équilibré !

Publicités

5 réflexions sur “Les ingénieurs sont-ils humains ?

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s